L’offre des marchés des métaux stratégique

Pour analyser les marchés des métaux stratégiques, il est fondamental de bien comprendre les contraintes du système productif minier. Cette section détaille quelques principes généraux, mais, chaque métal présentant différentes filières et contraintes de production, une analyse précise et individuelle doit être menée pour intégrer ces spécificités.

quoteLe saviez-vous ?

Les métaux mineurs sont rarement le produit principal d’un gisement, ils sont généralement des coproduits ou sous-produits d’une filière d’exploitation d’un métal majeur. Certains sont parfois même des sous-produits de sous-produits. Par exemple, le hafnium est un sous-produit du zirconium (zircon), lui-même un sous-produit de l’exploitation des sables titanifères à ilménite. (Source: BRGM). Plus de la moitié de la soixantaine de métaux que nous utilisons se révèlent ainsi liés au destin d’autres matières minérales.

PROCESSUS HABITUEL DE PRODUCTION DES TERRES RARES
Processus habituel de production des terres rares

De la mine au produit fini, le système productif est sous contraintes croissantes

Le temps des mines

Les projets miniers sont, par nature, très longs et coûteux à mettre en place.

Pour ordre de grandeur, un projet lancé aujourd’hui ne permettrait pas d’alimenter le marché en produits semi-finis avant au minimum 10 à 15 ans. Sous réserve, de plus, que le projet conduise à la découverte d’un gisement économiquement exploitable, ce qui n’est pas toujours le cas.

Les découvertes de mines faciles d’accès et abondantes sont devenues assez rares : depuis 1995, il est de plus en plus difficile et rare de trouver de nouvelles mines dont les conditions d’extraction sont simples. Par exemple la plus grande mine de cuivre en surface decouverte a ce jour a ete decouverte en 1915. Avec une production moyenne de 630 000 tonnes par jour la mine de Chuquicamata au Chili est la plus importante au monde.

Des coûts d’exploitation en hausse

Les sociétés minières connaissent des coûts d’exploitation en hausse, qui traduisent notamment de difficultés géologiques grandissantes pour accéder au minerai. A cela s´ajoute l’inflation du coûts des intrants, de la main d œuvre et celui de l’énergie. A partir des années 2000, les prix de l’énergie flambent pour atteindre + de 450 % de hausse durant les 12 dernières années. Cette nouvelle envolés de prix est alors principalement alimentée par une hausse des coûts de production, une demande soutenue des pays de l’OCDE, mais surtout une demande exponentielle des pays émergents.

 

MTL Index le cours d'exploitation des metaux strategiques

Il faut sans cesse extraire plus de roche, et plus profondément, pour produire une quantité de métal donnée.

Selon une étude de John Baffes, une augmentation de 10 % du prix de l’énergie se traduit mécaniquement par une hausse de 2 à 3 % du prix des métaux majeurs, et 4 à 5 % pour les métaux précieux.

Dans l’histoire de la production minière, l’homme a toujours privilégié les gisements les plus accessibles, aussi les meilleurs filons ont-ils déjà été exploités. Les gisements actuellement exploités n’ont plus les mêmes qualités que ceux du passé, en particulier leur taux de concentration en métal.

Fig. 1 Évolution de la concentration des principaux minerais en Australie [1]

evolution_de_la_concentration_de_minerais_en_australie

La main d’oeuvre compte également pour une part importante de la hausse des coûts d’exploitation. Les entreprises, dans une concurrence de plus en plus intense pour recruter les bonnes compétences, doivent consentir à des salaires conséquents pour attirer les profils qualifiés, d’autant que l’exploitation se fait souvent dans des zones à faible densité de population. Dans ces régions, il n’est pas rare, pour les salariés du secteur minier, de gagner cinq à dix fois la moyenne nationale.

Les nouvelles contraintes environnementales

L’industrie minière fait face à une pression politique et sociétale croissante pour limiter ses impacts sur l’environnement. Ces nouvelles exigences ont des conséquences économiques pour les exploitants, qui doivent investir dans des équipements moins polluants ou s’acquitter de taxes indexées sur leurs performances écologiques.

Dans certaines régions, le secteur minier est particulièrement concerné par les problèmes de pénurie d’eau, notamment en Afrique du Sud et au Chili. D’après le cabinet d’études Trucost, 32 % des mines de cuivre et 39 % des mines de fer seraient situées dans des régions présentant de sérieux problèmes de pénurie d’eau.

Les gisements s’épuisent…

Comme le pétrole, les métaux sont des ressources non renouvelables. Les gisements que nous exploitons constituent un stock fini et appelé à s’épuiser à plus ou moins longue échéance. Pour différents métaux stratégiques et métaux critiques, les spécialistes s’accordent sur le passage prochain d’un pic de production, analogue au Peak Oil de la filière pétrolière. Pour certains, les réserves sont estimées à quelques dizaines d’années de consommation tout au plus.

Fig. 2 tableau périodique des éléments en « danger »

tableaux periodique des elements

La production parfois très concentrée

Les métaux mineurs présentent généralement des filières d’approvisionnement concentrées entre les mains de quelques producteurs, parfois situés dans des pays en forte situation d’instabilité. Les industriels utilisateurs se trouvent donc face à des producteurs en situation de quasi-monopole, disposant donc d’un fort pouvoir de négociation et de la capacité d’orienter les prix du marché. Ces inégalités de répartition peuvent créer des tensions géopolitiques et de fortes instabilités économiques, comme cela fût le cas lors des récentes tensions sur les métaux rares.

Les dernières décennies ont, pour les métaux mineurs comme pour les métaux majeurs, vu la fulgurante ascension des sociétés minières chinoises, déployée dans le cadre d’une politique d’industrialisation étroitement pilotée par l’État. Si, en 1986, elle était le premier producteur mondial de « seulement » 5 matières premières minérales, elle l’est aujourd’hui pour plus de 20 d’entre elles. Cette concentration de la production ne signifie pas pour autant que chacune de ces ressources est particulièrement concentrée dans ce pays. Par exemple, la Chine produit aujourd’hui 86 % du tungstène et 97 % des métaux rares, bien qu’elle ne possède qu’environ 60 % des réserves mondiales de ces métaux.

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Les dernières décennies ont, pour les métaux mineurs comme pour les métaux majeurs, vu la fulgurante ascension des sociétés minières chinoises, déployée dans le cadre d’une politique d’industrialisation étroitement pilotée par l’État. Si, en 1986, elle était le premier producteur mondial de « seulement » 5 matières premières minérales, elle l’est aujourd’hui pour plus de 20 d’entre elles. Cette concentration de la production ne signifie pas pour autant que chacune de ces ressources est particulièrement concentrée dans ce pays. Par exemple, la Chine produit aujourd’hui 86 % du tungstène et 97 % des terres rares, bien qu’elle ne possède qu’environ 60 % des réserves mondiales de ces métaux.